EXCLUSIF. Deux tableaux issus de familles juives spoliées font l’objet de procédures inédites au Metropolitan museum de New-York

Par Arnaud Wajdzik – 9 septembre 2026

Deux procédures inédites visent le plus prestigieux musée américain, autour d’un Pissarro et d’un Bonnard volés à des familles juives en France pendant l’Occupation. James Palmer, fondateur de la société canadienne Mondex Corporation, qui a obtenu en avril la restitution d’un Modigliani à un agriculteur français, affirme à Ouest-France que le Met a rémunéré des lobbyistes pour s’opposer au renforcement de la loi américaine sur les restitutions.

Le premier dossier est celui de Max Braunthal, homme d’affaires juif dépouillé de ses biens et de ses revenus en Allemagne, réfugié en France où il fut de nouveau persécuté. « Il s’est retrouvé privé de ses revenus et a donc été forcé de vendre ses tableaux pour survivre », raconte James Palmer. « Il y avait donc encore davantage de désespoir à transformer les tableaux en argent. » L’un de ces tableaux, un Pissarro, est aujourd’hui accroché au Met, qui oppose un argument unique : la vente a bien donné lieu à un paiement. « C’est une position absolument ridicule à prendre », tranche le fondateur de Mondex, qui s’appuie sur l’effondrement du franc sous l’Occupation. « Lorsque vous retirez de l’argent de la Banque de France, votre franc n’a plus la même valeur. Si une transaction a lieu dans ces circonstances, l’idée que vous avez réalisé une transaction normale est une illusion. » Après cinq ans de discussions sans accord, Mondex a saisi la justice, en France et non aux États-Unis : « Nos avocats ont senti que la France était la juridiction appropriée. »

Le second dossier concerne la galerie Zak, à Paris, spoliée pendant l’Occupation, dont la propriétaire est morte à Auschwitz. La réclamation portant sur un Bonnard vient d’être transmise au musée. « Je ne pense pas que nous ayons reçu une réponse significative », constate James Palmer, qui espère éviter une nouvelle procédure. Il replace ces deux affaires dans une évolution plus large de la preuve. « Au début, pour établir une spoliation, il fallait presque un exemple où les nazis tenaient un pistolet en disant : donnez-nous votre tableau », explique-t-il. « Ensuite, c’était plutôt : si vous voulez survivre, donnez-nous votre tableau. » Aujourd’hui, le faisceau retenu inclut la confiscation des revenus, l’exil et les menaces sur les proches restés en zone occupée.

L’élément le plus lourd de l’entretien porte sur le HEAR Act, la loi américaine de 2016 dont une nouvelle version, adoptée en avril 2026, supprime l’essentiel des défenses techniques qui faisaient perdre les familles sur la prescription ou la juridiction. « Le Met a payé des lobbyistes pour combattre cette nouvelle loi. L’American Association of Museums l’a également fait », affirme James Palmer. Il décrit aussi les pratiques de frappe préventive de certains musées, qui attaquaient eux-mêmes les héritiers pour faire confirmer leur possession : « Généralement, les demandeurs n’avaient plus aucune chance. » Et rappelle pourquoi tant de familles ont attendu deux générations. « Ils ne voulaient pas en parler ou même y penser, parce que leurs expériences pendant l’Holocauste étaient tellement horribles. »

Le bilan français, lui, est jugé favorable, avec la restitution d’un Chagall conservé au Centre Pompidou. « Nous avons eu une expérience très positive, avec la coopération du ministère de la Culture », souligne James Palmer, qui ajoute que « M. Macron a été très proactif, notamment dans la récupération des biens culturels ». Dans l’affaire du Modigliani, la décision d’appel est attendue sous six à douze mois et une audience du 8 octobre doit fixer des intérêts moratoires évalués à quelque 20 millions de dollars. « Les détenteurs de biens volés ont intérêt à trouver un accord plutôt qu’à se battre », prévient-il. Kamila Gourdie, présidente de Mondex, insiste sur le caractère inédit du dossier, qui vise un collectionneur privé et non un musée ou un État : « Nous n’avions jamais eu auparavant une affaire aussi importante avec un collectionneur privé. Cela constituera un très bon précédent, pour qu’ils comprennent les conséquences du fait de ne pas vouloir faire ce qui est juste dès le départ. »

Ceci est un extrait de cet article de Ouest-France. Article complet via ce lien : Lire l’article complet dans Ouest-France