
« Homme assis (appuyé sur une canne) » appartenait à un galeriste juif, Oscar Stettiner, forcé de fuir Paris sous l’Occupation. Détenu par le marchand d’art David Nahmad, il doit être rendu à l’héritier, qui habite dans le village de Dordogne où s’était réfugié son aïeul pendant la guerre.
Extrait de l’article d’Alexandre Duyck
L’Homme assis (appuyé sur une canne), d’Amedeo Modigliani, va sans doute enfin rentrer en France. Plus précisément en Dordogne, au domicile d’un agriculteur de 80 ans, Philippe Maestracci. C’est ce qu’a ordonné, par une décision rendue le 3 avril 2026, qui court sur 35 pages, la Cour suprême de l’Etat de New York.
Il est au cœur d’une procédure interminable au terme de laquelle la justice américaine a bien confirmé que la toile avait été confisquée par les Nazis en 1944. Et que son propriétaire actuel, lemilliardaire David Nahmad, richissime collectionneur né à Beyrouth en 1947, aujourd’hui résident monégasque, devait la rendre.
Oscar Stettiner meurt, à l’âge de 70 ans
La Cour suprême de New York a, en effet, rejeté les arguments des avocats de David Nahmad, qui, après avoir prétendu ne pas posséder le tableau, affirmait l’avoir acquis de bonne foi. Le juge Joel M. Cohen a, au contraire, estimé que le tableau avait été saisi dans le contexte des persécutions nazies, chose que son propriétaire actuel, selon lui, ne pouvait ignorer.
L’avocat américain Phillip Landrigan et le Canadien James Palmer, patron de la société Mondex, se sont spécialisés dans la récupération d’œuvres d’art volées, moyennant finance. Tous deux se réjouissent aujourd’hui de cette victoire. « La décision du tribunal met en lumière les efforts déployés pour dissimuler ce vol nazi, accuse l’avocat. L’acquisition à bas prix, en connaissance de cause, de la provenance du tableau pendant la guerre, le recours excessif à la procédure judiciaire dans l’espoir de contraindre l’héritier à abandonner témoignent d’un mépris total pour la persécution subie par le propriétaire légitime du tableau durant l’Holocauste. »
De Toronto, James Palmer, de Mondex:
« C’est un moment exceptionnel et une décision formidable, nous écrit-il,d’autant que la plupart des demandes de restitution d’œuvres d’art spoliées pendant la Shoah devant les tribunaux américains échouent. Ce succès est réjouissant et nous espérons qu’il sera utile à toutes les personnes concernées, y compris aux autres familles qui lancent des demandes similaires auprès d’autres détenteurs. »