«Je suis heureux pour la mémoire de mon grand-père» : la justice américaine ordonne la restitution à un Français d’un Modigliani à 21,5 millions d’euros

Crédit photo : Nicolas Boissonas, Zurich, Suisse

Extrait du récit original – Après 17 ans de recherches et de bataille devant les tribunaux new-yorkais, le petit-fils d’un galeriste juif spolié par les Nazis a obtenu victoire. Au téléphone, ce dernier se dit « ému » au nom de son grand-père.

  « Après toutes ces années de procédure, ce que les Allemands ont fait à mon grand-père vient d’être réparé. Je suis surtout heureux pour lui et pour sa mémoire », nous dit-il. Jeudi 3 avril, la Cour suprême de New York a ordonné qu’une toile de Modigliani, spoliée à son aïeul Oscar Stettiner sous l’Occupation, soit restituée à son unique petit-fils, résidant en Dordogne. 

Il aura fallu 17 ans de bataille contre une brochette d’avocats américains travaillant pour le compte du grand collectionneur d’art, David Nahmad, pour parvenir à cette victoire. « Cela a été très long, mais cela montre qu’il y a une justice », ajoute Philippe Maestracci, lequel ne peut s’empêcher de songer « à toutes les autres familles spoliées anonymes » n’ayant pas eu sa chance. 

En 2008, lorsque la collection Nahmad tente de remettre le Modigliani en vente, chez Sotheby’s cette fois-ci, la maison de vente se pose des questions. Elle contacte le Wildenstein Institute, à New York, qui confirme les trous dans le « C.V » de l’œuvre. Avec un tel historique, le Modigliani ne parvient plus à trouver preneur. Mais au moins une personne, James Palmer, a repéré les mouvements sur le tableau. À la tête d’une entreprise canadienne, Mondex Corporation, Palmer s’est spécialisé sur les recherches de provenance et la défense juridique des héritiers de familles spoliées. 

« Je travaille aussi pour la justice et la mémoire », affirme régulièrement James Palmer qui, bien que gérant un business, semble s’être pris au jeu du vaste mouvement de réparation des spoliations juives. Aujourd’hui, son opiniâtreté suscite l’admiration de Philippe Maestracci : « Palmer est un phénomène ! il a même retrouvé des photos familiales inédites », nous raconte-t-il.  

En août 2025, Mondex va parvenir à faire faire un pas de géant à l’instruction. L’avocat français dépose devant la Cour suprême de l’État de New York un ensemble de 54 preuves, trouvées par des chercheurs quelques années auparavant, et longuement identifiées. Parmi les papiers, une « note » des archives parisiennes datant de 1950 sur laquelle apparaît le terme « volé », « famille Stettiner », « Recherche en Amérique ». À partir de là, les juges américains décident de passer à la vitesse supérieure, et ordonnent, neuf mois plus tard à la Nahmad collection de rendre le tableau. « 17 années de procédure, marquées par des obstacles constants, et une contestation systématique…cette décision est la victoire de la ténacité et de la combativité », commente un des avocats de Mondex à la manœuvre, Mélina Wolman (Pinsent Masons). Ces « obstacles » laissent un goût amer à Philippe Maestracci. « Il me semble que David Nahmad n’a pas eu une attitude digne d’un grand collectionneur », juge-t-il.  

Reste à savoir comment L’homme assis à la canne va être restitué, et dans quels délais. Jeudi 10 avril, la collection Nahmad qui a la possibilité de faire appel, ne souhaitait faire « aucun commentaire dans l’immédiat ».